Objets connectés : Le smart container

Avant-propos

Pour un container maritime, le voyage peut s’avérer périlleux entre ses points de départ et d’arrivée à destination. Tout au long de la chaîne logistique et bien entendu à bord du navire qui le transporte, différents aléas peuvent retarder son acheminement, le dérouter ou endommager sa cargaison. Dans un autre scénario catastrophe, il peut ne pas arriver à son point de livraison. Commence alors pour l’assureur, la longue et difficile recherche du point de rupture. En d’autres termes : trouver le responsable. Et que dire de l’état moral du client…

Si seulement les containers pouvaient raconter leur voyage, leurs mésaventures ou crier « je suis ici ! ». Que de temps gagné en recherches et en confrontations ! Impossible ? utopie pensez-vous ?

Je vais vous expliquer dans cet article, comment l’entrée du transport maritime dans l’ère du numérique, nous fait passer du rêve à la réalité, en faisant du container un objet connecté. Une révolution technologique dans le monde de la logistique, qui permettra désormais aux fournisseurs et leurs clients, de suivre en temps réel le cheminement et l’état de leurs containers jusqu’à destination.

 

Acheminement des containers maritimes : avant j’étais muet

Commençons par 3 nombres : 35 000 000, 41 500 et 40

. 35 000 000 est le nombre estimé de containers maritimes circulant annuellement sur les mers et les océans ;

. 41 500 tonnes de marchandises transportées par containers maritimes, seraient égarées sur la même période ;

. Et 40% des containers (toujours maritimes) arriveraient en retard à destination (cela fait quand-même 14 millions).

 

Un tracking improbable

Regardez la photo en tête de l’article et essayez d’imaginer l’incroyable ballet de navires dans tous les ports et hubs maritimes du monde. Des dizaines de milliers de « boîtes » en transit chaque jour, chargées, déchargées, stockées dans les zones portuaires, reprises, déplacées, contrôlées. Sans compter les pré ou post acheminements routiers, ferroviaires ou fluviaux. Comment ne pas échapper à un choc de manutention, un acte de vandalisme, une erreur de dispatch ?

En l’absence de suivi personnalisé, c’est-à-dire de contrôle individuel à distance de chaque container, il a toujours été très difficile de déterminer le moment et le lieu, où celui-ci aurait subi un choc, une effraction, une modification de température (pour les containers réfrigérés). Le retard est un événement « prévisible », dans la mesure où la position des navires est connue. Mais en cas d’avarie, comment savoir rapidement si son propre container a subi des dommages ? Et à l’arrivée, combien de temps s’écoule avant de localiser un container manquant ?

 

La guerre des nerfs

Les différents intervenants dans la chaîne logistique, qu’ils soient transporteurs, armateurs ou manutentionnaires, ont longtemps profité de ce vide technologique, pour se dédouaner de toute responsabilité lors des constats de dégradations. Un casse-tête total pour les compagnies d’assurances, lancées dans de longues et complexes enquêtes.

Les clients, quant à eux, pâtissent totalement de ce jeu du chat et de la souris, puisqu’en finalité les marchandises leur font défaut. Et dans la majorité des cas, ce n’est qu’au moment de l’arrivée des navires ou des containers en entrepôts, qu’ils découvrent les avaries ou les containers manquants, bien qu’annoncés sur les documents de transport. Une perte de temps considérable, sans compter les pertes financières dues aux retards générés en aval dans leurs entreprises (chaînes de montage à faire tourner, magasins à approvisionner, chantiers à mettre en œuvre, …).

 

Une innovation technologique révolutionnaire pour le monde de la Logistique maritime

L’appli qui fait du container un objet connecté, intelligent

Une jeune société marseillaise, Traxens, s’est penchée sur ces inquiétantes statistiques et y a détecté un formidable potentiel de marché en matière de tracking. Rapprochant l’innovation technologique de la logistique, ses fondateurs ont conçu une solution M2M (machine to machine), permettant de rendre un container « visible » de n’importe quel point du globe. Vous verrez dans ce chapitre que, doté de cette « intelligence artificielle », le container devient très bavard et qu’au-delà du tracking, il cache bien d’autres ressources.

Le principe : Un boîtier électronique muni de capteurs, délivre des informations en temps réel, à partir du container dans lequel il est installé. Les données sont transmises par les infrastructures de communication du navire (schéma ci-dessous), au le logiciel applicatif de Traxens. Elles sont relayées vers le data center de la compagnie maritime, via un cloud sécurisé. Les clients, quant à eux, ont accès aux informations grâce à une application mobile développée à cette intention.

 

Traxens monitoring technology explained

        Fig.1 – Schéma CMA CGM and the Traxens monitoring technology explained (site web de Traxens)

 

Tracking en temps réel et surveillance des marchandises transportées

La première fonctionnalité de cette boîte de la taille d’une grosse télécommande est la géolocalisation. Suivre en temps réel la progression de sa marchandise est, pour un client, un gage de sérénité. C’est aussi la possibilité de réagir très vite et de remettre rapidement la « boîte » sur le droit chemin, si elle s’en écarte.

La traçabilité géographique n’est pas le seul atout pour le container connecté. Le logiciel embarqué exerce une totale surveillance. Il est à même de mesurer le poids du container, d’apprécier les chocs, les vibrations qu’il pourrait subir, les ouvertures frauduleuses suite au bris des scellés. En cas d’avarie sur un navire, une consultation de l’application permet de savoir si un container a été endommagé ou pas. Et croyez-moi, les avaries sont un facteur très anxiogène, quand on est dans l’incertitude du sort de sa marchandise.

En ce qui concerne les containers réfrigérés (appelés reefers), le contrôle de température intérieure et extérieure, permet les réajustements automatiques du froid et du taux d’humidité, pour une conservation optimale des denrées périssables. L’intervention humaine n’est plus nécessaire.

 

 Sécurité logistique et productivité

Cette révolution technologique impacte très positivement l’ensemble de la chaîne logistique. La sécurité du fret s’en trouve grandement améliorée. En effet, la précision des informations permet de repérer formellement les points critiques pendant les phases d’acheminement, de manutention et de stockage, favorisant ainsi une vigilance accrue vis-à-vis des différents acteurs. Pour les denrées périssables, une meilleure maîtrise de la chaîne du froid, assure la réception de marchandises n’ayant pas subi de chocs thermiques. Nous sommes là, dans le domaine de la santé publique.

Quant à l’aspect productivité, il est indéniable au regard de la réactivité qu’engendre l’acquisition d’informations en temps réel. Le constat d’un incident permet à une entreprise d’optimiser sa gestion, en prenant des dispositions immédiates. C’est réellement plus confortable de pouvoir charger sur le prochain navire un container oublié, plutôt que de constater au bout de 35 jours de mer que celui-ci est manquant. N’êtes-vous pas d’accord ?

Un sacré gain de temps également pour les assureurs ! Finies les longues procédures et les dossiers volumineux où l’on ne trouve jamais de responsable. L’apport rapide de preuves accélère les conclusions et les indemnisations.

Il en est de même pour les formalités douanières. Un container ne rapportant pas d’anomalie de type effraction, fera l’objet d’un dédouanement rapide ; l’inspection physique n’étant plus nécessaire. Le temps gagné lors de cette étape incontournable, est tout aussi précieux pour une entreprise.

Allez, il y a peut-être de la concurrence sur le marché, mais je me permets de dire Cocorico pour notre startup française !

 

Le transport maritime entre à son tour dans l’ère numérique

L’IoT (Internet of Things) au service de la Supply Chain Transport

Si les NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication) font la part belle aux objets connectés ludiques et privés, au travers des médias, le monde professionnel n’est pas en reste. Le développement de nombreuses applications pour l’industrie, le commerce et les services, permettent aux entreprises de se propulser dans la course à la présence sur le marché global.

Mais à quoi sert cette présence si un des maillons de la chaîne est mal maîtrisé ? Le transport est à juste titre un maillon essentiel de la Supply Chain. Les dirigeants d’entreprises le placent désormais au cœur des stratégies, car le respect des délais de livraison est en toute logique, garant de la satisfaction et de la fidélisation des clients. D’où la nécessité d’utiliser les moyens modernes de suivi des acheminements.

Le transport terrestre a été le premier à bénéficier de développements logiciels, pour le tracking des marchandises et la transmission des données entre expéditeurs, transporteurs (les liaisons EDI) et clients destinataires. C’est un immense succès technologique et économique dont plus personne ne voudrait se priver. Avec l’intégration de boîtiers communicants dans les containers, une étape majeure est en train d’être franchie. Le transport maritime fait sa révolution numérique. Désormais, un container partant pour une destination lointaine, ne sera plus un point d’interrogation entre ses positions de départ et d’arrivée. La Supply Chain Transport arrive à un niveau de maîtrise jamais égalé auparavant. Et ce n’est qu’un début !

Pas de Smart Container sans Big Data…

Comme nous pouvons nous en douter, les containers communicants vont générer d’importantes masses d’informations, que les compagnies maritimes devront être en mesure de collecter, stocker et relayer vers les clients utilisateurs. Pour comprendre la démesure, prenons l’exemple du porte-container Bougainville, que l’armateur français CMA CGM, partenaire de Traxens sur le développement de cette technologie, vient d’équiper. Le navire peut transporter l’équivalent de 18 000 containers 20 pieds. Ses infrastructures de télécommunication doivent donc être suffisamment dimensionnées, pour transmettre instantanément une masse considérable de données, de n’importe quel point du globe.

A terre il faut également assurer… L’importante augmentation du volume de données à gérer, implique pour la compagnie maritime de s’équiper de serveurs informatiques en conséquence. Et cela afin de mettre à disposition l’information en temps réel, pour l’ensemble des clients connectés.

Eh oui… la révolution numérique, c’est aussi avoir la volonté de repenser et adapter son SI (Système d’Information).

Un pas de plus vers la transformation numérique des entreprises

Nul doute que la demande de containers communicants va croître rapidement, pour satisfaire les besoins en traçabilité, de clients toujours plus exigeants.

Connaissez-vous l’ATAWAD ? Cet acronyme propre à l’environnement informatique pourrait presque en être la devise : Anytime, Anywhere, Any device. Quel confort pour un exportateur de vérifier la progression de ses marchandises, en se connectant n’importe quand sur un pc, une tablette, un smartphone !

Je ne pense pas me tromper en prétendant que l’utilisation du petit tracker électronique, va avoir une réelle influence sur les organisations SI et métiers des entreprises. La quantité et la nature des informations numériques échangées avec les compagnies maritimes, seront l’opportunité de repenser et adapter leurs applications informatiques, optimiser certains processus métiers, du fait de la transversalité des informations. L’annonce d’une avarie par exemple, impacte à court terme la gestion des stocks, le fonctionnement d’un atelier, la préparation de commandes, le calcul des prévisionnels financiers. Autant de services concernés par les mêmes données.

A n’en pas douter, le conteneur connecté va créer la différence pour les entreprises internationales qui « l’adopteront ». Elles gagneront en réactivité et certainement en performances. C’est bien là l’objectif de la transformation numérique, qui, abordée de façon pragmatique, crée l’opportunité d’une présence plus forte et efficace sur les marchés.

 

Le container s’éveille à la vie…

Si je puis dire… Quel confort à venir ! Et quel gain de temps, au vu de ce qui a été décrit dans les chapitres précédents ! Il est et restera un moyen sûr et robuste pour le transport maritime de marchandises ; désormais, il racontera son voyage.

Bien sûr, le container connecté ne pourra pas être la réponse à toutes les problématiques de transport, mais il contribuera grandement à régler les litiges et agir en amont pour réduire les impacts des événements imprévus. L’ensemble de la Supply Chain ne peut que bénéficier d’une telle avancée technologique, car la responsabilisation de chaque acteur devrait aider à renforcer la sécurité et la prise en charge du fret. Quel bonheur alors de pouvoir donner une bonne claque aux statistiques.

Si les grosses boîtes en métal que sont les containers maritimes, n’ont jamais eu un look très sexy, elles vont devenir l’objet intelligent de toutes les attentions.

 

Chantal CHAMPELOVIER

 

Sources : Usine Digitale ; Marseille-Innovation ; Les Echos ; Europe 1

Le Transport : un maillon faible ?

Le transport se situe tout au bout de la chaîne logistique. Il est le dernier maillon vers le client final et également un maillon intermédiaire vers les zones de stockage.
Il mérite que l’on s’y attarde, car il est générateur de risques… et la maîtrise des risques est un élément fondamental de la stratégie des entreprises.
Un transport réussi est un client satisfait. Un client satisfait véhicule une image positive de votre entreprise. Et vous entrez ainsi dans le cercle vertueux des fournisseurs incontournables.

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